ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo




La Pepineray: IAO – ÈO - AEVE


IAO – ÈO - AEVE


L’eau en gallo s’entend sous trois termes différents : l’iao, dont la triphtongaison a évolué vers le français moderne eau, l’èo, son équivalent sur la zone sud et l’aeve.Tous les trois pourtant prennent leur origine dans le latin acqua.

Pourquoi cette divergence ?

Au XII° siècle, on trouve encore aigue dans les parlers méridionaux (oc) et aive dans les parlers septentrionaux (oil).
    Mais une nouvelle forme s’impose au nord, ewe. C’est cette dernière forme qui va évoluer en iao. En effet, dans cette forme [ɛw], la voyelle n’est pas entravée par la consonne suivante.
    Par analogie, elle va donc évoluer comme tout lexème désinent en –el et vocalisé en [ɛw] (comme par exemple pel → pèo, vel → vèo). Son aboutissement est la désinence –eau en français (chapeau, bateau).

En gallo, la différence singulier-pluriel est restée en vigueur [ʃapɛ → ʃapjaw]. Cependant, les termes monosyllabiques font exception en gardant la forme plurielle en toute circonstance, soit piao, viao, et iao sauf sur la zone sud où on retrouve èo, pèo, vèo.

Au contraire, dans [ɛv], la consonne entrave toute évolution de la voyelle précédente et le mot est resté figé depuis cette période. On le retrouve d’ailleurs en poitevin sous la même graphie qu’en gallo : aeve.

À quelles dérivations allons-nous assister ?

De par sa forme monosyllabique, formé d’une seule voyelle, le français ne laisse guère de place à ce genre de fantaisie.
    Le gallo non plus d’ailleurs et pourtant deux dérivés apparaissent, de forme très populaire : iaolae et iaotouz (aqueux, le t- ou le l- formant ainsi une consonne d’appui ; s’applique à un fruit ou à un légume). Par extension, une boisson coupée d’eau est iaotey (son cidr ét tout iaotae).

De ce mot, il faut plutôt regarder à quel environnement il s’applique.

La Bretagne étant un pays maritime, il désigne souvent la mer (ou la marée) dans certains contextes.

La haote iao réfère à la marée haute tandis que le bas de l’iao traduit la marée basse. Un coup d’iao est une lame, ce qui n’arrivera pas par mort-d’iao (morte-eau). Un port ét en iao lorsque la marée est remontée et que les bateaux ne sont plus à sec. Plus trivialement, vous êtes en iao si une de vos chaussures a pris l’eau. Les prés, quant à eux, sont bllanc d’iao lorsqu’ils sont inondés.

Par analogie, l’iao désigne aussi l’urine, d’où gâter son iao pour uriner. À ce sujet, il existait autrefois des juje-a-l’iao qui étaient des guérisseurs empiriques diagnostiquant les maladies à partir des urines, pratique heureusement oubliée et révolue.

Le terme aquatique, de construction savante, est plutôt remplacé par des compléments de nom, comme la mente d’iao (menthe aquatique), la puce de iao (gammare), le volant d’iao (myriophille), l’aspic d’iao (couleuvre vipérine), la châtaegne d’iao (macre). Il faut noter aussi la construction intéressante de va-sour-l’iao pour désigner le sous-marin.

L’iao d’odeur reprend l’eau de toilette. On peut retenir aussi l’expression funeste « mon iao chaofe » ou « mon iao ét a bouedr » qui signifie que ma dernière heure arrive. On entend par là que le moment de la toilette du mort est proche.

La forme primitive èo, conservée sur la zone sud, est interchangeable avec toutes les formes en –iao ci-dessus. C’est ainsi qu’on entend couramment le mort-d’èo (morte-eau) par exemple.

Revenons vers le synonyme aeve qui est beaucoup plus propice à la dérivation. Parmi les plus courants, se retrouvent aever (se liquéfier) et l’adjectif aevae (décomposé, pour un liquide dont les éléments se séparent ; du laet aevae). D’autres adjectifs sont bien attestés comme aevouz (aqueux, liquide, mais aussi fondant pour un mets). Les autres dérivés peuvent aussi être pris en bonne part comme aevu (aquatique, aqueux), aevier (hydrater), aevey (nappe d’eau). Un aevas est un lieu marécageux.

Ce radical aev- est le seul à permettre l’adjonction de préfixes. Ennaever s’entend pour irriguer, mais également pour prendre de l’eau dans sa chaussure. Cependant, ce préfixe est mouvant puisqu’on a aussi ensaever pour immerger, plonger dans l’eau, d’où l’ensaevaije pour l’immersion. C’est plutôt l’aspect privatif qui est généralement développé. En effet, il est parfois nécessaire d’essaever (assécher) une mare ou un ruisseau, d’où un sens plus large à ce verbe comme celui de écoper, étancher, essorer. Pour un pêcheur, essaever, c’est aussi tirer un filet hors de l’eau, le mettre au sec. Dessaever revient à dessécher, déshydrater, d’où le dessaevement pour la dessication. On se retrouve donc finalement essaevae (déshydraté).

Par nécessité, on peut avoir à creuser des essaevoers (rigole, canal d’écoulement), mais le terme s’étend aussi au sens de drain. Occasionnellement, il devient féminin (essaevoere).

Ce radical a servi à forger le français évier qui, en gallo, s’est agglutiné avec l’article pour devenir laevier.

Certaines expressions préfèrent se constituer depuis aeve plutôt que iao, bien que l’un et l’autre soient interchangeables. Ne nous mentons pas, on aime, pour la plupart d’entre nous, que l’aeve court den notr prae (tirer la couverture à nous). Et si votre linge a beù son aeve, c’est qu’il est essoré. Mais comme nous l’avons dit, toutes les expressions et noms composés cités plus haut avec iao peuvent être repris avec aeve.