ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo




La Pepineray: FEULHE


FEULHE


Le latin folia a évolué vers une forme fueil dans les parlers romans médiévaux. Puis, à partir du XIII° siècle, la diphtongue [ɥe] se transforme en [œ]. En ce sens, sauf cas particuliers, le gallo ne diffère guère du français et on retrouve la même prononciation pour le français feuille et pour le gallo feulhe et seules des règles graphiques peuvent les différer.

L’affaiblissement de la voyelle peut même conduire à une forme [ɘ] qui ne se distingue guère de la forme [œ] et il est parfois difficile d’identifier les deux vocalismes.

Le gallo a cependant conservé nombre de dérivés du latin qui ont retenu la voyelle [ɔ] en lui donnant simplement une forme uvulaire [u].

Mais allons dans l’ordre et voyons d’abord les termes usant de la forme [œ]. Ce sont les termes les plus courants come feulhe, feulhu, feulher, feulhaezon, feulhaije et qui ne diffèrent pas phonétiquement du français. Feulhard s’entend aussi dans son sens technique. Mais feulharde (tapis de feuilles mortes) est spécifique au gallo ainsi que feulhey son synonyme.

D’autres dérivés sont aussi entendus : feulharder (bruisser comme des feuilles mortes, marcher dans les feuilles mortes). Ce verbe a aussi le sens technique de cercler un tonneau. Le participe-adjectif effeulhae répond au verbe défeulher (effeuiller). Le monde moderne a pu concevoir des défeulheuzes dans divers domaines techniques. Feulhardu traduit marcescent, c’est-à-dire « qui garde ses feuilles mortes à l’hiver ». Et feulhette n’est pas de composition savante comme son équivalent français foliole.

Des noms composés depuis feulh- apparaissent aussi en gallo comme en français : cherfeulh (chèvrefeuille) concurrencé par cerfeulh qui a le même sens, mirfeulhe pour millefeuille, confeulhe (consoude).

Des compléments de noms s’ajoutent à feulhe pour former des mots composés comme la feulhe de la fllour (la pétale) ou la feulhe de rondelle qui désigne parfois l’ombilic et qui peut être poétisé en feulhe d’irondelle.

Le nénuphar a droit aussi à son appellation poétique, soit sous la forme feulhe de ribote, soit sous celle de feulhe de gernoulhe (les grenouilles peuvent en effet s’y installer à l’aise).

C’est cependant la forme foulh- qui offre le plus de perspectives, sans doute parce qu’elle nous est plus spécifique. Aussi, à part le terme générique, nous trouvons le pendant des formes en feulh- cités plus haut soit : foulhu, foulharde, foulhey. Foulher en est exclus à cause de son concurrent sémantique. Mais on peut ajouter foulhalh (bouture, feuille qui commence à poindre), foulhard (branche garnie de feuilles, rameau feuillu sur l’arbre) ainsi que foulhet qui a le sens de feuilles mortes rassemblées par un tourbillon de vent.

La preuve de la vitalité de cette forme est dans les privatifs comme défoulhaije (chute des feuilles, défoliation, c’ét le défoulhaije dez arbrs) ou se défoulher (perdre ses feuilles ; ça défoulhe ; lez arbrs sont défoulhae) ainsi que effoulher (effeuiller), effoulheùre (effeuillage). Mais la forme la plus remarquable est dans le sens abstrait de effoulher (vendre, faire des affaires ; la Malouize fut en charje de lez effoulher ao melhour priz). Quand les affaires marchent, les feuilles du carnet tournent pour prendre les commandes, d’où ce sens qui a été attribué à ce verbe. En conséquence, le déverbal effoulhes (au pluriel) désignent donc les affaires, au sens commercial du terme, sens qui peut s’élargir à pactole (ça me fera dez effoulhes, comme fait dire Joseph Chapron à son personnage Jean Cudesot).

Une série de néologismes peut donc prendre place dans notre vocabulaire sans trop de peine : effoulhabl (commercialisable), effoulhaije (commercialisation), effoulhant (facile à écouler, pour une marchandise), effoulhouz (homme d’affaires).