ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo




La Pepineray: BRAN


BRAN


Bran est attesté depuis longtemps sur le domaine roman puisqu’on le trouve dès le début du XIII° siècle avec la signification de partie grossière du son comme en gallo actuel.
    Cette graphie était cependant concurrente de bren. Ce terme provient du latin vulgaire brennus (son), mais on lui confère une origine pré-romane, possiblement gauloise sans que rien ne puisse vraiment le confirmer.

Cette partie grossière du son a servi de base à la nourriture des cochons. C’est donc tout naturellement que la pâtée, le breuvage qu’on leur sert, prend le nom de braney. La leur apporter, c’est lez abraner.

Le bran peut être spécifié par bran de son, bran de bllae nair (son de blé noir) ou même bran de siy (sciure).

Au XIV° siècle, son sens s’oriente aussi vers celui d’excrément.
    Peut-être influence t-il déjà branouz (qui mange malproprement, souillé de nourriture). En tout cas, il se retrouve dans coure la brane (se promener dans la rosée). Celui qui le fait a le bas du pantalon ou les chaussures branaes (crottés). C’est ce sens qui vaut aussi le surnom de qhu-branouz au tisserand.

Au vu de tout ceci, il est logique de faire apparaître la malbouffe comme de la brane. Et se rendre au fast-food, c’est en quelque sorte s’abraner.

Revenons à cette double nasalisation, [brã] et [brE)], qui est restée longtemps en lice au cours du Moyen-Âge.
    Bien qu’elles interfèrent l’une sur l’autre, la deuxième s’est plus orientée vers le caractère excrémentiel et le roulement du R combiné à l’affaiblissement du [ɘ] ont conduit à une métathèse bern- qui est le point de départ d’une dérivation substantielle. Celle-ci apparaît dans des termes comme berner avec le sens de se souiller de nourriture.

Dans ce contexte, il n’est plus surprenant que des suffixes péjoratifs apparaissent. Mais avant d’arriver à cette étape, il faut mentionner le bernac (moût) ou, plus courant, la bernache (vin nouveau). En effet, le vin en fermentation est trouble et engendre une lie substantielle.
    Le sens de bernache s’étend à ce qui est flou, trouble, d’où aussi, bernachouz (flou ; trouble, épais pour un liquide). Celui-ci traduit aussi fangeux et décrit une boue épaisse. Puis, bernacher (troubler, pour un liquide) s’étend à manger malproprement. Ce qui fait qu’un enfant dans ce cas, tout barbouillé, sale de nourriture est également bernachouz.
    De là, tout mets hétéroclite, malpropre, une bouillie, une popote, se retrouvent sous le terme de bernachey. On entend aussi par là la gloutonnerie, la goinfrerie et la bernâcheriy explique toute propension à la saleté, culinaire essentiellement.
    Quelques extensions de sens surgissent pour bernacher (mal prononcer, comme si on avait de la nourriture dans la bouche en fait) ou embernâchae (vêtu grossièrement ; étr embernâchae den sez hanes). Débernâcher revient vers un sens plus originel (enlever une tâche, a priori de nourriture, sur un vêtement).

Bernachey est repris pour un état d’ivresse particulièrement manifeste (le poivrot n’est-il pas décrit comme un pourcèo ?). Bernazey en est synonyme, sans doute à cause de l’influence de nazey qui reprend la première syllabe comme un préfixe à cause de son expressivité. Ce peut être non seulement une « cuite », mais aussi, en restant dan l’excès, une goinfrerie.
    Ce nouveau rameau dérivatif apporte bernazer (enivrer, soûler) et bernazae (ivre).

Un autre rameau dérivatif se constitue autour du suffixe –alhe. Il s’oriente vers le caractère figuré de l’aspect excrémentiel.
    Si la bernalhe, c’est l’entrave, c’est parce que ce déverbal est issu de la description du caractère compromettant d’une situation. Et quand le verbe embernalher traduit le fait d’empêtrer, entraver, c’est aussi pour répondre au français populaire emmerder. Quand on est donc embernalhae (empêtré), il faut se débernalher (se dépêtrer, se libérer ; trivialement, se démerder).
    De là, des extensions de sens plus décentes apparaissent comme débernalhae (dépoitraillé), mais aussi dézembernalher (dénouer, en fait, débloquer une situation compromettante).

L’adjectif bernouz (souillé de nourriture) est également fructueux en dérivés. Il est d’ailleurs repris en tant que substantif au sens de bavoir par ironie.
    L’extensif bernouzer revient à barbouiller, salir (Jozé s’ét core tout bernouzae). Étant embernouzae (souillé, barbouillé), il faut se débernouzer (se débarbouiller). Une bonne débernouzeriy (décrassage) est nécessaire.

En parallèle, le suffixe –euz, plus enclin à des abstractions, se découvre dans emberneuzer (embrouiller). Une pelote de laine peut être emberneuzey (embrouillée) et il faut la déberneuzer (débrouiller). Donc, se déberneuzer, c’est se débrouiller.

Quelques autres suffixes se maintiennent, mais de façon plus sporadique. Leur attachement à bran est d’ailleurs plus discutable.
    Relevons bernozer (sans doute altération de bernazer pour radoter, murmurer, prononcer indistinctement), d’où bernozeriy (murmure, marmotage) ainsi que bernoter pour parler entre les dents, grignoter, mais une autre origine est tout-à-fait possible.
    Bernicllouz pour chassieux rentre peut-être mieux dans la famille de bran, mais dans ce cas, un croisement avec une autre racine paraît vraisemblable. Embernifller (enrhumer) se retrouve peut-être dans le même cas.