ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo




La Pepineray: HALER


HALER


L’origine germanique de haler ne fait pas de doute et son sens est resté constant au cours de son évolution.

Le français l’entend au sens de « faire venir en tirant, tirer hors de ».

En gallo, le terme est resté courant, d’autant plus que son champ sémantique est large et dépasse celui de « tirer ». On hale du cidr ao faosset (on tire du cidre au fausset). On hale sus la faoc (on tire sur la faux). On hale du boêz d’une douve (on le retire de la douve) comme on hale son mouchoer de sa pochette (illustrant ainsi son sens de « dégager en tirant »). On hale un chien contr qheuq’un en l’excitant contre cette personne. On hale du pouchot si on se fait prier. On hale sus la mote (on pressure la pressée de pommes). On hale sus lez bouts (en trayant les vaches). On s’entr hale (se crêpe le chignon, on s’empoigne). Et si on hale sus tout, c’est qu’on n’est pas difficile.

Pour résumer, disons qu’on lui donne le sens de tirer, retirer, attirer vers soi, mais aussi de fourrer (ol avaet halae son bezodier den sa tirette ; elle avait fourré son chapelet dans son tiroir), souvent avec l‘idée d’effort, d’où le fait qu’on hale un clloùt (on enfonce un clou).

Il est aussi repris à la voix pronominale pour se jeter précipitamment (il se hale den l’us ; il se jette sur la porte). La constante reste l’idée d’effort et c’est souvent qu’on entend « ça hale dur » (ça tire dur).

Étant donné le sens du terme, rien d’étonnant qu’un préfixe de renforcement de- se fixe pour former dehaler et apporter d’avantage d’expressivité. D’ailleurs, on se dehale du leit (sort du lit), ce qui est peut être difficile certains matins, il faut l’avouer. On se dehale quand il faut partir (cf se tirer en français populaire, d’où je m’en dehale, je m’en vais), mais aussi quand on se traîne, qu’on se déplace avec difficulté. Le préfixe de renforcement entraîne même parfois un sens plus soutenu comme extirper ou filer, aller vite.

Halaije (chemin de halage) est parmi les dérivés les plus en vue en raison des canaux qui traversent la Haute-Bretagne.

Ûne haley vaut pour une traction, mais aussi pour la quantité tirée en halant, d’où par extension, une grande quantité. Celle-ci s’exprime aussi à travers halier (grand troupeau ; un halier de vaches, cf français populaire, y en a une tirée).

Ce terme désigne par ailleurs les débardeurs en forêt, car ils « halent » les troncs en permanence. Le halouz est celui qui tire, qui tracte et c’est pourquoi on entend ironiquement qu’il n’y a pas de halouz a la jerbière (lucarne à foin) quand quelqu’un n’a pas d’appétit. En clair, les aliments ne s’ingurgitent pas de la même façon que le foin ne se rentre pas dans le fenil.

La haleùre est ce qui résulte d’une extraction (la haleùre de palhe, à un gerbier), la haleriy, le travail de traction en lui-même. Parmi les dérivés plus péjoratifs, on a halocher (faire osciller un pieu pour le retirer de sa fixation). Moins connu est halot (vagabond, parce qu’il traîne son sac et sa misère) dont le féminin est halogne. Le synonyme halogre est enregistré dans le même répertoire.

Un terme intéressant est halant car il s’entend dans un contexte abstrait au sens de tendance (y eut un petit halant de rigolade ; il y eut tendance à rire, donc de l’humour ou de l’ironie). Par extension, on peut donc avoir un halant a se grousser (une tendance à se manifester), un halant de revolte (de l’agitation politique), un halant de déconsolance (tendance dépressive), un halant de folaezon (apparition de troubles mentaux) ou au contraire, un halant de ferluzance (un esprit de légèreté) ; au sujet de la mode vestimentaire, il peut y avoir un halant sus le long, un halant sus le court, etc… On le voit, la palette d’usage est très large pour ce terme.

Un autre aspect remarquable autour de ce radical hale- est sa faculté à former de nombreux noms composés.

Celle-ci est à peine perceptible en français dans la mesure où l’ATLIF ne reconnaît que halebas comme composé.

En gallo, il n’en est pas de même dans le mesure où hale sert de pivot dans de nombreux cas. Tous se développent dans le sens de tirer ou d’attirer.

Hale-bran (ou hale-brun) se réfère à la mue des volatiles ou des reptiles (tez poules vont toute en hale-brun ; tes poules font leur mue). D’où le verbe hale-braner (ou hale-brûner) pour muer. L’étymologie est à chercher dans brun sans doute à cause du changement de couleur qu’entraîne la mue.

Le hale-bâton est celui qui cherche chicane, qui s’attire des coups de bâton. Dans le même ton, le hale-baod est un individu peu soigneux, un rustre, qui risque de se faire baoder (frapper). Il peut alors survenir du hale-tabout (cf le breton tabutal), autrement dit une altercation violente, une échauffourée. Faire du hale-tabout, c’est faire du scandale comme le hale-baod représente la discorde en elle-même.

On retrouve en ce genre de circonstances des hale-fessiers (tire-au-flanc, qui ont mauvaise allure et font mauvaise impression) ou des hale-deriaod (individus de peu de valeur, mariole ; du breton drev, joyeux et peu sérieux, un peu comme on a en français populaire « un rigolo de kermesse »).

On connaît aussi le hale-dabons (mauvais tailleur ou loqueteux ; dont il faut souvent daboner (rapiécer) les vêtements). Tous ces gens ont intérêt à partir d’ûne hale-brunde (partir à toute allure, en brundant (vrombissant).

Haler a pu aussi influencer heneqhiner sous la forme hale-qhiner (peiner, travailler dur). Sémantiquement, on s’en rapproche. Cependant, le second élément, par le biais de enqhiner (tourmenter, tarauder) se rapporte vraisemblablement au français enquiquiner, dont l’origine paraît plus ancienne qu’on ne le suppose.

Haligandier (individu désœuvré, grand échalas, qui se déhanche) est peut-être dans le même cas, mais c’est beaucoup plus douteux face au second élément qui rejoint plutôt le français dégingandé. Plus ironique est le hale-ta-pate (appellation imagée de l’hameçon) car on est toujours au risque de se faire accrocher par celui-ci sur le bateau.

Enfin, halaezer (haleter, être à bout de souffle) a pu reprendre haler en le croisant avec exhalare, mais ceci reste ambigu et nous fait atteindre la limite de notre sujet.

Si tous ces composés ont plutôt un halant de mal prinz (tendance à être entendu en mauvaise part), ce n’est pas forcément le cas dans le milieu originel du terme puisque sur les bateaux, les marins-pêcheurs utilisent couramment le hale-breu pour remonter les lignes de fond (mot à mot, le « tire-mousse », tout simplement parce qu’en remontant les lignes, on tire aussi l’écume) ou, sur les voiliers, le hale-voêle (drisse).