ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo




La Pepineray: RIVE


RIVE


Du latin ripa « rive, rivage, côte », avec évolution logique du « p » vers un « v » comme en français, le terme gallo conserve le même sens et l’élargit parfois.

Bien sûr, c’est la berge, mais rive désigne aussi un interstice ou une bande de terrain longue et étroite (ûne rive de colzaq) ainsi que les chaintres le long d’un champ ou le rebord extérieur du toit dans les pignons.

Comme dérivé, on entend… dériver. Son sens s’élargit à celui de ruisseler (ça dérivaet sus la route) avant de s’étendre à celui de déborder pour un cours d’eau. Une rivière qui a dérivae est en crue.
    L’adjectif englobe aussi au figuré le sens de originaire, issu (de). Une dérivey n’est qu’une idée malheureuse (Gaston Lagafe n’a pas ren qe dez dériveys).

L’expression belle drive (belle lurette) s’est obtenue par amuissement de la première voyelle (étymologiquement : la rive étant quittée depuis longtemps). D’ailleurs, on a driver pour dériver.

La riviere désigne aussi bien le fleuve, la Vilaine étant qualifiée de grande riviere. La baie de l’Arguenon est elle-même vue comme une riviere.

Ariver s’entend aussi de revenir (il arive de la faire).
    Son déverbal est inconnu du français. Il répond au gérondif français (a l’arive sur la pllace du vilaije ; en arrivant sur la place du village) mais pas seulement. Vous êtes d’ûne bone arive quand vous arrivez bien, vous tombez bien, surtout si vous survenez a l’arive ou par arive (au hasard, par hasard). C’est ce qu’on appelle un coup d’arive (une coïncidence, un hasard). La Bretagne souhaite d’ailleurs à ses visiteurs la bonarive (la bienvenue).

Par contre, un accident fâcheux peut survenir par malarive (malencontreusement). Une chute sur la saillie d’un caillou est par exemple de malarive (malencontreux). La malarive est donc le hasard fâcheux.

Arivey élargit son sens à celui d’accueil (j’araes zeù ûne belle arivey od ma mere a l’ôtae !). Être de bone arivey, c’est se montrer accueillant. D’ailleurs, on peut vous reconnaître d’arivey (d’emblée). Malheureusement, certaines personnes ne sont pas de bone arivey (sont peu avenantes).

Être a l’arivey recouvre aussi le sens de atteindre. Au cours de vos courses au super-marché par exemple, en certaines occasions, l’enseigne peut vous faire un cadeau si vos achats sont a l’arivey d’un certain montant (à hauteur de, du montant de). Autre exemple, un cochon sera vendu a l’arivey de 200 livrs (à hauteur de 100 kg) ou vous pouvez rembourser des emprunts a l’arivey de 800 nuros par mais (à concurrence de 800 euros mensuel).

Par sous-entendu, être arivae s’entend au sens d’être parvenu à maturité. Pour un travail accompli, c’est aussi être bien ou mal réussi (il ét mal arivae ton tas).

Le français ne connaît pas non plus arivalh (occasion, circonstance qui se présente). Toute équipe jouant au football œuvre pour avoir dez arivalhs de marquer des buts. Quand vous marchez en ville, il n’est pas toujours facile de trouver dez arivalhs de s’asseoir.

Ariveriy s’applique à une manifestation préparée, un événement organisé. C’est ainsi que pendant le mois du gallo en Haute-Bretagne, il y a quelques ariveriys.

On entend aussi rariver pour revenir, mais attention, le « r » initial est un augmentatif et non un itératif (ton grand pere taet la a rariver).

River, c’est aussi border un lit. Cette extension de sens est naturelle dans la mesure où rive est synonyme de bord.
    On a vu que rive désignait aussi les chaîntres. Aussi, c’est tout naturellement que nous retrouvons river au sens de faire paître le long des chaîntres : prend ûne vache, tu vaz aler laz river. De là, le rivet qui désigne la largeur non labourée d’un champ. Le sens va aussi s’étendre au rebord extérieur du toit qu’on nommera alors le rivet de la couverture.

On parle de l’arivaije dans un labour lorsqu’on termine les derniers sillons. Ce terme peut alors désigner le terminus, le point d’aboutissement de tout transport ou tout travail.

De même, l’arivance se rapporte au flux d’arrivée (l’ile de Brehat a ûne arivance de 15 batiaos a chaqe journ a la belle saezon).

La principale variante phonétique réside dans la flexion du « a » initial en « é » : ériver, ériveriy, … C’est un phénomène récurrent plutôt vers la partie Nord de notre région.