ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo



Le digraphe EI



LE DIGRAPHE -EI


    Ce digraphe apparaît assez fréquemment dans la graphie du gallo, plus fréquemment qu’en français d’ailleurs et dans notre langue, sa valeur, tout en restant celle d’une voyelle, présente une différence.

    En effet, on l’entend le plus souvent par la voyelle centrale /ɘ/, ou /e/ lorsque celle-ci se ferme.

    Elle est le résultat de quatre évolutions qui ont fini par converger, trois d’entre elles étant spécifiques au gallo, la quatrième étant parallèle au français. Celles-ci s’initient depuis des phonétismes propres à la Romania septentrionale avant l’an mil.

Première évolution : la triphtongue /jej/

    Née de la rencontre d’une diphtongue /je/ et d’un /j/, elle a par la suite connue un sort différent selon le français ou le gallo.
    En français, c’est l’élément central qui s’est réduit, ne laissant plus la place qu’à une voyelle fermée /i/ qu’on connaît encore aujourd’hui (lit, pis de la vache, pire…).
    Le gallo va, quant à lui, réduire le /j/ initial. Ne subsiste alors que la diphtongue /ej/. En l’état, elle aurait pu rencontrer cette même diphtongue qui a par la suite donné la diphtongue /aj/ (graphiée ai en gallo moderne ; cf. « les digraphes -oê et -ai »). Or, il n’en est rien. On peut donc conclure qu’elle était antérieure à celle-ci et qu’elle s’était déjà réduite à une simple voyelle avant que cette diphtongue ne resurgisse une seconde fois. Cette voyelle, ce sera le /e/ qui par la suite pourra évoluer vers un /ɘ/ central qui est aujourd’hui dominant sur le domaine gallo :
  • seilhon (sillon, afr. siller)

  • leit (lit)

  • dépeiter (dépiter)

  • leire (lire)

  • peilhot (chiffon, cf. piller)

  • teilher (teiller, cf. tilleul)

  • Comme toujours en gallo, cette voyelle s’allonge devant un s ou un z, d’où un /e/ devant ces consonnes :

  • cereize (cerise)

  • teytr (tisser, < lat. texere, graphie ey due à une absorption du s devant le t)


Deuxième évolution : la triphtongue /woj/

    Cette triphtongue a, comme la précédente, amuï la voyelle centrale en français, d’où un résultat /ɥi/ (nuit). Et à nouveau, c’est l’élément initial qui disparaît en gallo avec évolution de la voyelle centrale, d’où /ej/. S’ensuit alors une réduction à une voyelle simple /e/ comme dans le cas précédent qui s’affaiblit finalement en /ɘ/. C’est ainsi que nous obtenons des /ɘ/ correspondant au français /ɥi/ :
  • neit (nuit, lat. nocte)

  • gllei (glui, lat. glodium)

  • pei (puy, lat. podium)

  • qheir (cuir, lat. corium)

  •     Puis, devant un s ou un z, se reproduit l’allongement de la voyelle (d’où /ej/ au nord en finale et /e/ au sud) :

  • plley (pluie, lat. plovia)

  • trey (truie, lat. troja)

  • peis (puis, lat. postius)



Troisième évolution : la réduction d’un /aj/ après une consonne suivie d’un -r

Cette évolution a été présentée avec la graphie -ai. Rappelons simplement que cette réduction est due à un environnement phonétique qui, par l’abondance de consonnes, réduit l’ensemble vocalique (cf. « les digraphes -oê et -ai ») :
  • dreit (droit)

  • crei (croix)

  • creytr (croître, allongement dû au s repris dans le fr. croissance)



Quatrième évolution : les dénasalisations

    Dans le cas présent, le gallo rejoint le français. Le comportement des nasales pourra être vu dans un chapitre exclusif et nous nous arrêterons ici au résultat qui nous concerne.
    À partir des nasales /ɛ̃j/ ou /ɛ̃ɲ/, les diphtongues se sont déconstruites, laissant place à une voyelle nasale simple /ɛ̃/. Ces voyelles se dénasalisent dans la dérivation.
    En gallo, s’ajoute le plus souvent une étape qui aboutit à une voyelle centrale /ɘ/.
    C’est pourquoi nous retrouvons une graphie analogue au français, mais avec une valeur qui lui est propre en gallo et déjà en usage dans les cas présentés ci-dessus :
  • plleine (/pjɘn/ ≠ fr. /plɛn/)

  • peigne (/pɘɲ/ ≠ fr. /pɛɲ/)

  • éteignez (/etɘɲe/ ≠ fr. /étɛɲe/)

    De plus, cette graphie -ei suppose une prononciation permanente du digraphe. De manière régulière, elle devrait apparaître dans les dérivés de fein. Or elle s’amuït dans ce cas entre deux consonnes. C’est pourquoi elle n’est pas retenue et que nous écrivons fener, fenouz entre autres.