ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo



Le suffixe -OUZ



Le suffixe -OUZ


    Très répandu, ce suffixe a, suite à un concours de circonstances, double valeur.

    Au départ, il représente le suffixe adjectival qui correspond au français -eux. Le latin -osus a évolué en -ous dans les parlers romans septentrionaux. Cette évolution a été stoppée en gallo pendant qu'en français, elle s'est poursuivie pour devenir -eux.
    Ce suffixe adjectival a croisé le suffixe d'agent -our, qui s'est réduit à « ou » (/u/), suite à la chute de la consonne finale. C'est ainsi que les deux suffixes sont devenus homophones.

    Cependant, cette homophonie entre le substantif et l'adjectif s'arrêtait au masculin. En effet, les féminins se forment par la prononciation de la consonne désinente. Cette prononciation dans les parlers septentrionaux se marquent par l'adjonction d'un « e » final euphonique. Aussi, si on entend « ouze » (/uz/) pour le féminin de l'adjectif, théoriquement, c'est « *oure » (/uʀ/) qu'on devrait entendre pour le féminin du substantif. Or, il n'en est rien.

    Le fait que nous ayons déjà des substantifs féminins en -our, décrivant des valeurs abstraites, a pu faire obstacle (chalour, chandelour, savour, sentour, …). Une distinction entre l'agent au féminin et la description d'une qualité s'est alors avérée nécessaire. C'est ainsi que ce féminin de l'agent s'est entendu en -oere (/wɘʀ/).

    Mais un nouvel obstacle est apparu. Car ce même suffixe désigne également un outil (brazoere, érussoere, gonfissoere, …) à moins que ce ne soit sa forme proche /weʀ/ (avaloêre, petoêre, …). Quoiqu'il en soit, une confusion pouvait naître entre l'outil et son utilisatrice.

    Celle-ci sera vite gommée. Puisque l'adjectif homophone se traite par un féminin en -ouze, cette dernière forme va prendre le pas sur la forme -oere féminisant le substantif. On entendra alors chantouze plutôt que chantoere, manjouze plutôt que manjoere, etc…

    Et dans la graphie ? La logique étymologique veut qu'on écrive chantour, manjour, subllour, etc… En effet, ce substantif trouve son origine dans le latin -or, -ator. Le « r » final s'est donc conservé longtemps avant de chuter en gallo, comme la quasi totalité des consonnes finales. En français, par contre, il s'est conservé (voleur, buveur, monteur, …) même si à un moment, il s'est atténué, comme dans rebouteux par exemple. Mais revenons au gallo où la prononciation générale est en « ou » (/u/). Le féminin en -ouze devenant prépondérant, il paraissait alors logique que la désinence du masculin se réalise par le z final. Ainsi nous obtenons :
        - dançouz > dançouze
         cassouz > cassouze
        - acoutouz > acoutouze
        - etc…

    Certes, quelques substantifs ont pu conserver une dérivation en -oere (baçadoere, contoere, encraoloere, medecinoere, …) et, même s'ils paraissent plus archaïques, rien n'empêche de les écrire tel quel. Mais l'usage de la langue dominante imposant la prononciation du r final, il vaut donc mieux en gallo le substituer par une autre consonne dont l'usage demeure logique.

    Ceci n'affecte pas les substantifs féminins en -our (fraeychour, rouvour, …) qui relèvent d'un traitement bien différent.


    Certes, cette description peut paraître schématique, voire sommaire. Mais sans entrer dans les développements que lui accorderait un linguiste, elle permet néanmoins de tracer un continuum dans l'évolution d'un suffixe largement usité.