ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo




La Pepineray: MAER


MAER


Saent-Mâlo - La Varde

Le latin mare qui était déjà de même sens a subi une flexion dans les langues romanes qui a abouti à maer. C’est cette même flexion qu’on retrouve dans naez, cez, maezon (respectivement de nasus, casus, mansionem).

La maer fait bien sûr partie de l’univers des Bretons puisqu’elle les entoure de 3 côtés et, pour la Haute-Bretagne, les borde au nord et au sud. Le terme est générique, il représente la mer et l’océan et en tant que complément de nom se substitue à maritime, emprunté au latin et de formation plus savante.

Les garcs de la maer sont les habitants du littoral. À l’été, les estivants vont aux baens de maer. On précise le plus souvent qu’un port est un port de maer par opposition à un port fluvial. Le seu de maer est le gros sel. Le limoez de maer désigne les algues maritimes. La grand maer se rapporte au large, la haute mer, là où sa profondeur permet de naviguer en toute quiétude. On peut craindre une fortune de maer (un naufrage). Même dans les terres, on peut être témoin d’un oraije de maer, c’est-à-dire, un orage avec éclairs, mais sans tonnerre.

Intéressons-nous aux mouvements de la mer.

Elle reste basse avant qu’elle ne reprenne, qu’elle pointe, qu’elle soit ao broc. Le montement de maer est le terme explicatif pour désigner le mascaret. Puis, on arrive alors au pllein de la maer (la marée haute). Par contre, la morte-maer est entendue pour morte-eau (c’ét le décours, en va en morte-maer). Les aroles de maer se rapportent aux brisants (den lez aroles de maer, lez gros paqhets d’éqhûme).

Le premier dérivé qui vient à l’esprit est marey.

Il désigne les mouvements précédemment décrits et ne diffère pas du français, quoiqu’il se restreint parfois à ne désigner que les grands mareys, les marées de vive eau, d’où un temps de marey pour parler d’un temps humide qui apporte peu d’eau (cant tu vais lez gllaçons sus la marey en feverier, prepare ton gernier pour l'étae).

Ce qui est intéressant, c’est qu’il forme un nouveau rameau dérivatif avec marayer (pleuvoir légèrement, faire un temps de marey). On dit alors que le temps est marayouz (temps de marée au cours duquel le soleil est trouble avec pluie menaçante).

Le marin-pêcheur qui arrive en retard pour prendre la mer a pissae sa marey. On signifie par là que la marée ne l’a pas attendu en fait, qu’elle est devenue basse et qu’il ne pourra donc partir.

La vie est faite de difficultés et on trouve parfois la marey debout, c’est-à-dire qu’on rencontre un obstacle à ses projets.

Le second dérivé est marin.

En tant que substantif, il se rapporte non seulement à l’homme en mer, mais aussi au martin-pêcheur. En tant qu’adjectif, il est plus fleuri en dérivation. Le temps s’amarine lorsqu’il devient pluvieux, car la pluie en Bretagne vient de la mer. Être amarinae, c’est être habitué à la mer, avoir le pied marin.

Marin peut être concurrencé par marae (le vent ét marae ; le vent vient de la mer). Le jan marin est une variété d’ajonc de taille respectable.

Les marines sont un autre nom du pantalon. Ce terme vient peut-être du fait que les premiers modèles de ce type étaient portés par les marins. Il est employé au pluriel car une marine désigne seulement une jambe du pantalon. Comme en français, marinier s’est substitué à batelier sans doute par attraction de marin.

D’autre dérivés sont moins connus comme maerae (translucide).

Effectivement, la visibilité dans l’eau de mer ne dépasse pas quelques mètres au plus et le terme est tout-à-fait approprié. La marache est le terme usité par nos marins pour désigner le requin-taupe. Mais c’est aussi sous ce vocable qu’on connaît la baudroie (ou lotte de mer). La margate est le nom commun au breton et au gallo pour la seiche.

Revenons sur nos côtes où le marai se rapporte au sable vaseux du fond des baies. Plus appétissant, le maerandaije regroupe ce que le français appelle fruits de mer, soit tout crustacé pêché sur nos côtes. Le maerandier est alors le mareyeur spécialisé dans les fruits de mer (ou toute personne qui oeuvre autour des crustacés). Par extension, ça peut donc être un pêcheur à pied.

Le margaod est le nom gallo du fou de Bassan. Mais il faut plus voir une extension sémantique de Margot qu’une dérivation de maer. Cependant, la oey de maer est une dénomination qui se rattache à tout oiseau marin de type goéland, mouette ou cormoran. En venant évoluer dans l’intérieur des terres, ils ne sont pas très bien distingués dans leurs différences par les habitants qui les regroupent sous ce terme générique.

Poursuivons dans le domaine de la faune et relevons la jeline de maer ou la poule de maer (le saint-pierre), le pourcèo de maer (ligie océanique, crustacé au comportement analogue à celui du cloporte terrestre), la piy de maer (le huîtrier), la braeyme de maer (dorade grise, griset), la châtaegne de maer ou le heriçon de maer (l’oursin).

Explorons maintenant le domaine de la flore et découvrons le ghi marin (espèce d’algue qui se colle sur le dos des crabes), le jonc marin (armérie maritime, plante du littoral), le raezin de maer (l’éphédra, sous-arbrisseau de nos côtes) également connu sous ce terme en français, et la cocarde de maer (l’anémone de mer, ceci à cause de sa forme).

Quelques expressions apportent une pointe d’ironie.

En conséquence d’une soif intense, on voudrait baire la maer e sez paissons. Mais si ce sont lez paissons qi ont beù la maer, c’est tout simplement que la mer est basse.

Enfin, en souvenir, vous pouvez emporter un loùp de maer. Non, ce n’est pas un vieux marin chevronné, mais simplement un tee-shirt (j’aemeraes ben lez vair ériver od dez biaos loùps de maer a flleurs).