ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo



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Eléments de stylistique du gallo

    La relation distanciée



LA RELATION DISTANCIÉE
Le développement au pluriel d’un sujet singulier

Une marque d’accompagnement ?

Nous en arrivons donc à la conjugaison du verbe proprement dit.

Il faut commencer par une parenthèse pour parler du pays de la Mée. Joseph Chapron, dans « Jean Cudesot », ainsi que le chroniqueur ayant pris la relève dans le Courrier de Châteaubriant, ne connaissent pour ainsi dire pas la conjugaison au singulier, et emploient presque systématiquement la forme plurielle du verbe (j’avom, j’alom) quelque soit le nombre du sujet. Ceci peut paraître contrariant, mais ce n’est pas un phénomène isolé. On le retrouve à travers l’anglais « you » qui est également indifférent au nombre.

Dans les journaux consultés, la conjugaison d’un singulier à la première personne du pluriel se rapporte souvent à la vie conjugale :

‐ je some alae avec ma Ujéniy vair in jeu q'il apelant ça le frote-bale (je suis allé avec ma Eugénie voir un jeu qu’on appelle le football ; PG, 01/11/1925)
‐ j'etiom a la faire avec mon bourjoêz (Gu, 01/03/1924)

On peut se demander si elle n’exprime pas à une idée d’accompagnement, comme si elle annonçait la pluralité de l’action. D’autres langues ont des ressources analogues (le russe traduit « maman et moi sommes allés au marché » sous la forme « nous avec maman sommes allés … »).

Par ailleurs, il faut aussi remarquer que, dans les exemples qui précèdent comme dans ceux qui suivent, l’adjectif possessif, quand il est employé, demeure au singulier :

‐ je nouz pormenime avec la couzine vair lez baraqes (Gu, 10/05/1924)
‐ j'aviom tae faere ine virey sus la route avec ma Suzane e notr tiote douarine (PG, 03/06/1928)
‐ je bume 3 a 4 boleys avec le couzin Siforien e je l'emmenis caté mai a la maezon (je bus trois à quatre verres avec le cousin Symphorien et je le conduisis à la maison ; Gu, 17/11/1923)

Ne nous attardons pas sur un second point de grammaire qui apparaît ici, l’emploi de deux adverbes d’accompagnement différents dans les deux propositions indépendantes, car ce n’est pas notre sujet ici.

Parler d’anticipation de la pluralité de l’action pour expliquer la conjugaison plurielle reste cependant hasardeux.. Dans le dernier exemple, on est revenu au singulier dans la seconde proposition indépendante.

D’ailleurs, si on observe les deux contre-exemples qui suivent, cette pluralité est totalement effacée :

‐ je fus avec ma Prudence e 5 a 6 parents passer ûne journey a Nante (PG, 13/03/1938)
‐ je sei t-alae me promener ovecq ma Luciy jensq'a Camoê (PG)

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