ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo



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Eléments de stylistique du gallo

    La relation distanciée



LA RELATION DISTANCIÉE
Le développement au pluriel d’un sujet singulier

Le rapport distancié par rapport à l’interlocuteur

Il faut donc rechercher ailleurs l’usage de ce qu’il faut bien appeler le nounoiement. À ce sujet, il faut observer que les exemples qui suivent mettent en valeur un chroniqueur s’adressant à ses lecteurs :

‐ je vouz araem minz qheuqe choze den le journal (RP, 03/10/1909)
‐ je tiom venu devizer un petit od vouz, dimanche darraen (RP, 30/01/1898)
‐ sé qe depeis qheuqe temp je ne vouz diziom ren, c'ét qe y avaet ren de ben intéressant (RP, 03/01/09)
‐ j'alom noêzer aneit qe j'om ren a foutr, e pour vouz faere pllaezis, je vaz vouz raconter ûne nouvelle (RP, 25/02/1912)

Dans ce dernier exemple, le rédacteur revient au singulier, comme si ce nounoiement ne servait qu’à établir le cadre, ou le contexte, de sa communication.

Parler de nounoiement de majesté est bien évidemment abusif, il faut plutôt le voir comme un marqueur déontologique vis-à-vis de ses interlocuteurs. Il s’adresse à des lecteurs et donc, ce je, avec valeur du « nous » en français, est là pour faire contrepoids au vouz employé à leur égard. C’est donc pour introduire une notion de respect mutuel :

‐ vouz ariez donae diz ans de la viy de St-Felix pour vair ce qe j'avom veù (RP, 20/07/1910)

Même si ce vouz est absent de l’énoncé et qu’il est seulement sous-entendu en tant qu’interlocuteur :

‐ j'aemom mieuz aler nouz coùcher qe d'ecrir (RP, 11/09/10)
‐ si j'aviom la pllûme ou si je saviom herser la pllûme come mossieu Jérôme Régatier, j'ecriraes a mossieu le ministr de la Justice (PM, 20/09/1902)

Ce dernier exemple répond bien à ce marquage de l’identité sociale, puisque le locuteur, pour se comparer à une personne respectable, emploie la conjugaison plurielle qui lui paraît tout-à-fait de circonstance.

En effet, si on devait s’adresser à celui-ci, le vouvoiement serait adopté d’emblée. Dans l’exemple qui vient, il est tout-à-fait sous-entendu et c’est pourquoi la locutrice adopte la première personne du pluriel, puisqu’elle lui paraît de circonstance :

‐ Madame Pètsèc, j'avom trouvae ça ao fond de mon jardin (EV)

La marque du respect s’applique aussi dans les relations intergénérationelles. Dans la société traditionnelle, on devait le respect aux personnes âgées. Pour eux, c’est donc le vouvoiement qui s’applique. En réponse, ils pouvaient, tout en disant je, user d’une conjugaison plurielle :

‐ j'om étae a l'école qe jusq'a 12 ans. J'om zeù mon certificat sus ûne feulhe de chou … a 12 ans, je menaes lez chevaos… (Ant)

Celui-ci s’adresse à sa petite fille, puis sa distanciation générationnelle étant établie, il revient au singulier pour poursuivre son récit.


Le rapport distancié par raport à la circonstance

Le rapport à la mort, qui représente un autre aspect de notre culture, contraint aussi le locuteur à cette relation distanciée, ainsi que le prouve l’exemple suivant :

‐ oussi, je vaz ben laz nettir e laz graesser avant de laz mettr ou crochet pour la perchaene saezon (fusil), si je some point mouru (Gu, 17/01/1925)

Le nounoiement peut aussi marquer la solennité de l’instant. Ainsi dans cette phrase :

‐ un biaou journ, la mère el nouz dit come ça : "il va falair qe tu pense a t'etablir, mon garc" (JCh)

Or, elle ne s’adresse qu’à son seul fils qu’elle tutoie au cours de l’entretien.

Cependant, cet exemple reste ambigu car ce nouz marque peut-être aussi la présence silencieuse du père et que c’est une façon de rappeler qu’il assiste à l’entretien.



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