ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo



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Eléments de stylistique du gallo

    La relation distanciée



LA RELATION DISTANCIÉE
Le développement au pluriel d’un sujet singulier

Mise en exergue du locuteur

De façon plus prosaïque, le nounoiement peut être aussi la marque d’un recul par rapport à sa propre personne et relever simplement d’une volonté de la mise en exergue du locuteur, comme s’il voulait se placer au centre du récit :

‐ yer ao matin en alant ao celier, j'om trouvae den mon pichet ûne souric qi s'étaet nayae (Ind, 10/12/1949)
‐ j'om achetae ûne veroce toute neuve avec dessus un alumoêr d'életricitae (Ind, 03/12/1950)
‐ Cant qe j’avom racontae ça cez mai, on a tot de memme ben rigolae (EV)

D’ailleurs, lorsqu’il évoque son environnement, le locuteur s’exprime en rattachant celui-ci par le singulier  (adjectif possessif, pronom complément, …) :

‐ Pour faere mon qhilomètr de chemin, j'om prinz mon temp (Ind, 11/03/1950)
‐ le lendemaen ao matin, j'om priz mon galure e ûne belle belouze (Ind, 25/03/1950)
‐ nom de dienne, je te remerciom ben (RP, 04/10/1908)

Le contexte étant établi, la conjugaison au singulier peut reprendre sa place dans la narration, come on l’a vu dans l’exemple avec le grand-père plus haut :

‐ je revenom de la faire …… cant j'entendis vroumer ûne mecaniqe a petrole (Ind, 26/05/1935)

Aspect morphologique

Sur le plan morphologique, dans une conjugaison à la forme pronominale, on retrouve facilement l’élément pronominal au singulier :

‐ je me doutom a peu prés ben qe c'etaent dez afaeres de qheur qi laz qemandaient de foutr le camp a Periz (CC, 08/02/1936)
‐ y a ben du temp qe j'om qheuqe choze a vouz dire, je me decidom aneit (RP, 09/01/1910)

Cette marque est d’ailleurs la seule qui puisse établir la singularité du sujet et fait contrepoids à l’exemple plus haut où, au contraire, l’idée de pluralité est annoncée (je nouz pormenime… ; cf §§ une marque d’accompagnement ?).


Extension

On retrouve une extension de la relation distanciée à la 3° personne par l’usage du pronom complément au pluriel. L’exemple suivant, bien qu’isolé, est néanmoins intéressant :

‐ cant je ouaye qheuq'un me demander qhi q'ét mon deputae, pour le coulhoner, je lour répond Pelot (PM, 11/10/1902)

De toute évidence, l’interlocuteur est isolé (pour le coulhoner). Et pourtant, quand on fait référence à la réponse qu’on lui donne, c’est la 3° personne du pluriel qui apparaît (je lour répond). Bien sûr, on pourrait croire à une erreur du rédacteur. Il faut néanmoins se rappeler que l’indéfini appelle une conjugaison au pluriel :

‐ y a qheuq’un q’ont ouvert l’us (Grammaire du Gallo, §§ 401)

C’est une situation qui se retrouve également en breton (bez ez eus unan bennak hag o deus digoret an nor). Par ce nouvel exemple, faut-il comprendre un certain détachement vis-à-vis du sujet incriminé ou l’incertitude sur le nombre (un ou plusieurs ?).